6e jour. J’ai fait un rêve étrange, j’étais danseuse de ballet. Nous sommes sur un plateau herbeux, lors d’une concentration pour la paix. Je n’ai jamais vu une telle marée humaine. Pourtant le paysage est si vaste, chacun trouve son espace, ça circule, c’est fluide…
Un théâtre antique gigantesque, un cratère monumental se dresse au ciel, une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants. D’en bas, je ne peux entrevoir que les premières rangées de gradins, au-delà la lumière me brûle les yeux...
Je réalise avec effroi qu’ils attendent que le spectacle commence. Je suis en eau, la fièvre me consume…
Douze en cercle, du centre jaillit une flamme blanche, elle se dore et s’argente, s’arc-en-cielise, en robe blanche, or et argent, elle tourbillonne et spirale, s’élève et s’abaisse…
Les douze, aimantés par la flamme, se fondent en elle, réapparaissent, se redéploient, reviennent au centre… Le cœur de la fleur s’ouvre et se ferme, s’ouvre et se ferme…
Ca me réveille, ma poitrine se gonfle et se dégonfle, tellement largement… je double de volume, CA me respire…Mon champ de perception suit le mouvement, je ressens avec la même acuité ce qui est directement autour de moi et ce qui est dehors… Un réseau d’antennes, de capteurs qui s’élancent toujours plus loin… Ni petite ni grande…non délimitée… fluidité mouvante…
" Je suis rentrée chez moi ", mon cœur fondu allume ma face de bienheureuse. " Je suis rentrée chez moi " Je rie, je pleure, je tournoie, je coule, je fond, je jubile…
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7e jour. Une idée germe…Tous les aspects de moi, différents, contradictoires, sont comme des personnages, chacun joue son rôle, suit " sa pente ". J’imagine que chacun d’entre eux vit sa propre vie, indépendamment de moi, mais néanmoins relié, dans un autre espace ou un autre temps. Par exemple, la Ninon rêveuse, vit ailleurs nos rêves, je veux dire, ce qui est un rêve pour moi est son monde réel, à elle. Et si tout ce que je projette ou imagine, sans le concrétiser, sert de matière première ou de scénario à mes " moi " multiples ? Ce qui pour moi est vision, idée, projet est incarné dans d’autres réalités par d’autres moi. Je ne trouve pas ça tellement fou…
Et si moi, Ninon, qui me prend pour le tout de moi-même, n’en suis en fait que l’une des parties, un des personnages, une des dimensions ? Et si je n’étais qu’une des ombres projetées par mon véritable moi ?
J’ai la sensation d’avoir la réponse au bout de la langue…
On se croit seule face à une tâche herculéenne, on s’aperçoit qu’on forme une équipe spécialisée, se consacrant tous à la même œuvre, par une approche originale…
Non seulement cette idée me plaît mais elle me parle. Je vois les Chevaliers dans leur quête solitaire du Saint Graal, tous prennent une direction différente, chevauchent un faisceau particulier puis reviennent au centre, la Table Ronde, partager leurs expériences. Tous ensemble, UN unique. La Quête, les Chevaliers, la Coupe, le Roi, la Table Ronde, Une Unité, UN être Unique, dans toutes ses dimensions…
Le Roi se projette en 12 rayons de manifestation, emprunte 12 chemins, puis se réintègre, synthèse, réunion au sommet, fusion des 12…
Ninon, t’as franchis le seuil de non-retour ! Tu te sens comme détachée du reste de l’humanité et en même temps reconnectée à l’ensemble. Décablage, recablage. Tu étais arrimée à des cordes solidement attachées, maintenant tu te relies à des filaments lumineux, transparents, traversant tout sans se fixer à rien.
Pour l’instant, je suis entre deux, le grand écart, basculant d’un monde à l’autre. Je me suis déjà vue dans le cosmos, un pied sur une planète, un pied sur une autre…Un jour, encordée, fixée…Un jour, reliée, mouvante… Un jour, une heure, une seconde…L’effet Balancier… funambule sur un fil invisible, entre deux précipices…
C’est ce que j’ai vu, à la rivière. Elle ne marchait pas, elle flottait… Je l’ai senti dans mon propre corps, je glissais au dessus du sol…Sonne-t-elle le rappel de ses chevaliers ? Es-tu Ma Reine, insaisissable Merlinette ?
C’est insensé, dès qu’on s’approche de la vérité, on se prend pour un fou. Quand je pense qu’il y a à peine une poignée de jours, je me croyais atteinte d’une maladie ! C’est le monde qui est complètement fou, aveugle, moi, je vais très bien, merci !
Je suis prête à te servir ma Reine, Toi qui es la fine pointe de mon être, je me rallie à ton noble étendard, Toi qui est plus Moi que moi-même.
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dis-moi tout